Un grand bouleversement s’annonce chez Stellantis. Le constructeur revoit ses relations avec les concessionnaires européens. Ce nouveau contrat suscite déjà de vives réactions chez les distributeurs. Pourquoi un tel choc ? Quels changements concrets attendent les professionnels du réseau ? Décryptage d’un virage stratégique.
Retour au contrat de distribution classique dès 2026
C’est désormais officiel : Stellantis abandonne son modèle d’agent retailer dans la majorité des pays européens. Seuls la Belgique, les Pays-Bas et l’Autriche conserveront cette expérimentation. Partout ailleurs, un contrat de distribution à durée indéterminée sera remis en place dès 2026.
Cette décision marque la fin d’une orientation initiée sous la direction de Carlos Tavares. Jean-Philippe Imparato, responsable Europe du groupe, avait clairement assuré qu’aucune transformation ne se ferait sans la consultation du réseau. Un engagement désormais tenu.
Des concessions classiques… et des conditions ajustées
Le passage au contrat de distribution « traditionnel » ne signifie pas un simple retour en arrière. Des modifications clés sont en discussion :
Un préavis de deux ans en cas d’exclusion d’un distributeur du réseau
Ces ajustements visent à rééquilibrer les relations fabricant-concessionnaires dans un contexte de marché en pleine mutation.
Buy back : un tournant crucial pour les distributeurs
En France, un sujet particulier cristallise les tensions : les engagements de reprise (buy back). Jusqu’ici, les distributeurs prenaient en charge le risque des voitures revendues sous contrat de location avec option d’achat.
Mais les choses changent. Dès fin 2025, Stellantis assumera ces engagements pour le leasing social électrique, prévu pour un lancement le 30 septembre prochain.
Pourquoi ce changement de cap ? Selon un professionnel du secteur :
« Les constructeurs qui portent eux-mêmes ces engagements vendent mieux leurs véhicules électriques. »
Cette réforme devrait considérablement soulager les concessionnaires, qui peinaient à supporter les reprises hors marché, et voyaient leur rentabilité mise à mal.
Qui porte quoi ? Nouvelle répartition des risques
Le futur contrat prévoit une répartition claire des responsabilités :
Les concessionnaires continueront à financer et stocker les véhicules neufs et de démonstration
Mais Stellantis assumera le risque financier des véhicules en LOA avec engagement de reprise
C’est une évolution significative pour la santé financière des distributeurs :
« Ces engagements de reprise gonflaient notre dette. Les retirer du bilan valorisera nos affaires », confie un distributeur.
Vers la fin des showrooms partagés ?
Autre aspect remis en cause : les fameux Stellantis Brand House. Ces showrooms communs à plusieurs marques, souvent limités à 250 m², peinent à convaincre. Les résultats commerciaux ne sont pas au rendez-vous, et les clients semblent perdus dans cet univers trop uniformisé.
Face à ce constat, Stellantis envisage de renforcer l’identité de chaque marque. Cela pourrait se traduire par :
Des showrooms agrandis autour de 500 m²
Un retour à une présentation différenciée par marque
Les distributeurs concernés par la refonte esthétique initialement prévue pour fin 2024, et qui ont investi jusqu’à 200 000 euros, garderont un œil attentif sur cette évolution.
Spoticar : une stratégie de label remise en question
Enfin, le label Spoticar, regroupant les véhicules d’occasion de toutes les marques du groupe, est aussi pointé du doigt. Sa mise en place a parfois fait perdre des repères aux clients, notamment avec la disparition des labels de marque.
Un retour à une logique plus claire pourrait être envisagé. Sur le terrain, on admet :
« Trop de mutualisation a un peu désorienté les clients. »
Conclusion : un avenir à reconstruire
Avec ce nouveau contrat, Stellantis amorce une reconstruction du lien avec ses concessionnaires. La stratégie vise à restaurer un équilibre plus sain entre le constructeur et son réseau, tout en corrigeant les désillusions des dernières années.
Moderniser sans imposer, s’adapter sans oublier le terrain : voici le nouvel enjeu d’un géant qui choisit de revoir ses fondations… pour mieux rebondir.
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Lucie R.
Passionnée par l'automobile, Lucie R. est experte en recyclage de pièces automobiles. Elle partage ses connaissances pour sensibiliser ses lecteurs à l'importance de l'économie circulaire et de la préservation de l'environnement.